PANORAMA Historique et présent de la sculpture sur bois : Dans l’histoire de l’Art, la sculpture sur bois est un Art à éclipses, on connaît les magnifiques réalisations de l’époque égyptienne, tant en art décoratif qu’en ronde bosse. Leur conservation a souvent été parfaite grâce à des conditions particulièrement saines de stockage, à l’abri de l’air et de l’humidité. A ma connaissance, Rome et la Grèce n’ont rien laissé. On a les preuves cependant que les grecs savaient sculpter le bois, bien que ce matériau soit considéré de moindre valeur. L’Athéna du Parthenon, sculpture monumentale au cœur du Parthénon, était en bois sculpté recouvert de plaques d’or et d’ivoire, avec des incrustations de pierres précieuses. Cette sculpture réalisée par Phidias était entourée d’un bassin, destiné à maintenir une humidité favorable à la bonne conservation des ajustages mais aussi à refléter la statue, ce qui dans la pénombre du temple renforçait la mise en scène. Le Zeus d’Olympie, toujours de Phidias, exploitait la même technique d’une âme de bois, recouverte de matériaux précieux. Cette structure interne était probablement en bois de cèdre. La statue gigantesque mesurait 12 m de haut (d’après F. Chamoux, Les Sculpteurs célèbres Mazenod 1954). Pour Rome, je ne sais rien, il y a certainement eu du décor de meuble, plutôt en bronze d’ailleurs, mais aucune ronde bosse, les matériaux essentiels pour cet usage étant le marbre et la pierre, la terre cuite et le bronze. Les Celtes, puis les Gaulois sculptaient le bois. Mais leur civilisation n’était pas celle industrieuse de la pierre ou de la brique… Ils n’étaient pas architectes mais plutôt charpentiers. On a aucune trace de ce savoir faire, simplement des pressentiments en voyant leur Art, pour assembler les pierres comme des pièces de bois (J.J. Hatt, Les Sculpteurs Célèbres. Mazenod). On voit réapparaître la sculpture sur bois à l’époque Carolingienne en Europe tant sur le mobilier, que dans les premiers volumes sculptés. Le Haut Moyen Age séduit encore avec ses premières vierges « assises en sagesse » (sedes sapientae), des Christs magnifiques et les grands décors que l’on peut voir par exemple au musée de Cluny. L’époque gothique offre à nos yeux éblouis tant de chefs d’œuvre d’émotion et de sensibilité avec la finesse des expressions les volumes « parfaits » et extraordinaires de drapés... Assez rapidement, on va devoir différencier les sculpteurs statuaires de ceux qui font du décor sur les meubles, ou les boiseries; l’époque gothique confond encore ces deux « métiers », par exemple dans les clôtures de chœur ou les stèles d’église. De Michel Ange, on connaît un Christ en bois, bien que cette attribution me semble sujette à caution. Si cette œuvre lui était attribuée certainement, ce serait la preuve qu’il avait bien essayé le bois, mais aussi que ce matériau l’avait rebuté, car on ne distingue pas sous ses gouges la patte du génie qui réalisa avec ampleur et puissance autant de chefs d’œuvre. Germain Pilon savait sculpter le bois. Mais il fait peut être figure de dernier français dans la vogue italianisante de la renaissance française. Mais par la suite la sculpture sur bois se désintéresse un peu de la statuaire pour s’exprimer sur le mobilier ou le décor intérieur. Certes Puget a sculpté en bois des décors de bateau, certes on voit Falconet réaliser pour Versailles des torchères en bois doré mais l’essentiel de la sculpture sur bois est appliqué au mobilier, au décor intérieur avec la sujétion d’un style officiel, à la mode de Paris ou des puissants (Art Décoratif). La seule permanence de la ronde bosse en bois est dans la sculpture religieuse Baroque surtout en Allemagne, en Espagne ou au Brésil (l’Aleijadinho présenté à Paris). En ce sens entre la Renaissance et le 19ème les sculpteurs sur bois n’ont pas su ou pu trouver de liberté créatrice en dehors de la « commande » ou de l’expression religieuse. Tant de chef-d’œuvres à la même époque existent en marbre, bronze ou terre cuite...et pas seulement de la commande... Mon propos n’est certainement pas d’opposer la Sculpture décorative d’ornement et la Sculpture de création. Je sais toute la compétence et « l’Art » au sens ancien, qu’il faut pour sculpter une feuille d’acanthe expressive et composer un décor équilibré. Mais le fait que la grande sculpture sur bois apparaisse en pointillés dans l’histoire, notamment en France, est un fait important. A la fin du 19ème on assiste à un premier renouveau « décoratif »autour de l’Ecole de Nancy, Guimard, Gallé, à qui on peut associer cette énigme qu’est Ruppert Carabin... Nous assistons alors à une véritable renaissance de mon Art, fin 19°, autour des Nabis, et de l’école de Pont Aven avec un nouveau regard sur l’art primitif (ou populaire). Un certain nombre d’artistes, souvent peintres, redécouvrent la sculpture sur bois en « taille directe » sans modèle préalable à reproduire. On peut citer Paul Gauguin, Emile Bernard, Georges Lacombe. On citera aussi pour ce siècle Aristide Maillol, Ossip Zadkine, Henri Moore ou Georges Brancusi. Le bois a désormais retrouvé les chemins de la Création et des avant-gardes. Je n’oublierai pas non plus en Allemagne Kathe Kollwitz ou Ernst Buchbach qui illustrent le penchant expressionniste de cette école allemande. En France aujourd’hui je peux citer pour connaître leur travail (l’Ecole actuelle) : - Christian Renonciat et son magnifique travail sur le trompe l’œil vu récemment à Chauray. - Louis de Verdal dont on a pu voir à Melle la voiture et la moto en bois fruitier. - Léonard Stoskopf, géométre et mosaïste empruntant au bois pour jouer avec lui de nouvelles histoires... (vu au Musée du Donjon) - On peut aussi citer Etienne-Martin et ses Demeures sculptées dans des souches. La sculpture sur bois en Deux-Sèvres Dans les Deux Sèvres, la petite histoire a rejoint la grande. Je n’ai presque aucun élément sur la sculpture sur bois à Niort avant ce siècle. Mais cette activité devait exister comme partout ailleurs au service des ébénistes et des décorateurs. Un certain Pairault était sculpteur à Niort à la fin du Siècle dernier. Il travaillait le marbre, la pierre et le bois. Son atelier était installé 50 Avenue de Paris (au débouché de la Rue Terraudière). On lui doit la décoration en bois de l’église de la Chataigneraie en Vendée, à savoir, la Chaire, le Maître Autel, les autels latéraux… Lire l’extrait de sa lettre au curé de la Chataigneraie où il emploie un langage imagé tout à fait savoureux… On pourrait dire qu’il ciselait ses mots comme il parlait ses statues… (voir page 8) J’ai eu le plaisir il y a quelque temps d’interroger monsieur Sapinel sur ses souvenirs de sculpteur sur bois. Agé aujourd’hui de 86 ans, il est sûrement le plus vieux témoin d’une histoire Niortaise particulière. Monsieur Sapinel entre en apprentissage en 1928 aux Ets Migault et Massé, installés alors quai de la Regratterie. Cette entreprise est spécialisée dans la fabrication de sculptures décoratives pour les meubles, découpées et distribuées via les quincailliers aux ébénistes campagnards de Vendée et de Bretagne, qui se contenteront de les coller sur leurs meubles! L’entreprise écoule sa production en démarchant les commerces, sans doute avec un catalogue. Elle ne travaille pour aucune entreprise industrielle ; d’ailleurs il n’y a jamais eu à Niort d’industrie importante du meuble. Cette entreprise emploie alors 8 personnes dont 3 apprentis. Les styles alors travaillés sont le Louis XVI ou le Henri II « Renaissance », styles abâtardis pour répondre à une demande importante de décor bon marché.Les sculpteurs d’alors sont certainement capables de faire mieux. D’ailleurs les apprentis suivent les cours de dessin et de modelage de l’école municipale de dessin avec Monsieur Ribouleau.Les conditions du métier changent au début des années 30. Marchais et Bonhommeau prennent la suite de Migault et Massé, abandonnent leur ancienne production sans doute démodée et établissent des contacts avec des fabriques et des artisans. On fabrique alors du mobilier « Art-Déco », ce que Monsieur Sapinel appelle le « Barbes Lévitan » et qui s’est souvent appelé aussi le « Modern Style » à l’occasion de l’Expo Universelle 1925. Ce style sera couramment pratiqué jusqu’à la fin des années 50. On le reconnaît à ses fleurs stylisées, à ses motifs géométriques ; à la même époque, on sculpte des grands panneaux champêtres avec des biches... Pendant la guerre, Monsieur Sapinel réalise pour un bijoutier niortais, des bibelots en bois qu’achètent des paysans enrichis par le marché noir et qui ne trouvent plus d’objets en métal précieux.Après la guerre, nouveau changement de paysage. L’Entreprise importante s’appelle alors Carlier, installée avenue de La Rochelle. Plusieurs autres anciens collègues du quai de la Régratterie travaillent à domicile à leur propre compte. On peut citer Monsieur Sapinel, avec un employé, ou encore Messieurs Millet et Ensillon.Monsieur Carlier fait des tournées régulières avec un camion pour aller voir les fabriques de Vendée et du Périgord. Il ramène du travail suivi pour une dizaine d’employés. Monsieur Millet lui se déplace en vélo pour sculpter les meubles chez les clients...Dès 1946, mon père Gaston Page est entré en apprentissage à Thouars chez Jean Ferchaud. Cet ancien élève des beaux-arts a formé dès cette époque de nombreux professionnels pour le meuble. C’est aussi un dessinateur et peintre de talent, créateur de l’atelier de dessin de l’école du Thouet et du salon de Thouars qui existent toujours aujourd’hui. Dans ce cadre ambitieux, mon père a bien appris son métier.Monsieur Sapinel de son côté a parfois l’occasion de réaliser des commandes exceptionnelles. Ainsi, il réalise à cette époque un monument à Ste Thérèse de Lisieux pour le Carmel de Fontenay le Comte. En 1955, il entre à « l’Avenir des Ouvriers Charpentiers Menuisiers » en qualité d’ébéniste sculpteur. Parmi les travaux qu’il réalisera encore, une série de sièges aux armoiries niortaises pour la salle du conseil de la ville.Après avoir été contremaître pendant huit ans chez Carlier, Gaston Page crée en 1961 son entreprise de sculpture son bois, « Tous Styles » 38 Avenue Louis Pasteur à Niort. A peu près à la même époque, Guy Landreau s’installe aussi Rue des Grands Champs. Carlier, Ensillon et Millet, continuent leurs activités.On fabrique alors en grande série ou à la pièce du mobilier rustique ou encore du Style régence ou Louis XV. La copie fidèle côtoie l’interprétation la plus sommaire...
SUITE Accueil Introduction Panorama de la sculpture sur bois Atelier PAGE Présentation personnelle Interrogations Commande d'une poutre de gloire Définition du projet Définition de la poutre de gloire Visite de la commission diocésaine Le choix du bois Une poutre de gloire Méthode de réalisation Disposition dans le bois Méthode de travail Ebauche L'Atelier et les outils Manière de tenir les outils Problèmes de sculptures Une Apothéose Conlusion LAURENT PAGE Itinéraires d'un sculpteur sur bois